LES POIRIERS DES JÉSUITES

On connaît très peu sur l'origine des poiriers des Jésuites, sauf que leur présence dans la région remonte au tout début de la colonie du Détroit. Comme le nom l'indique, ce serait les pères Jésuites qui auraient planté ces arbres, par milliers, le long de la rivière du Détroit et des autres cours d'eau de la région. Selon certains, les arbres proviennent de la vallée du Saint-Laurent, selon d'autres, ils sont venus directement de la Normandie. On lit parfois que les missionnaires ont repiqué des semis enveloppés de mousse fraîche, ou greffé des scions sur des racines d'arbres sauvages; d'autres racontent que les robes noires ont simplement ramené des pépins de la France.

Même si son origine n'est pas connue, on sait que l'arbre était cultivé par les premiers colons de la région, des deux côtés de la rivière Détroit. Comme arbre fruitier, le poirier des Jésuites était incomparable, pouvant atteindre une hauteur de 70 pieds et pouvant produire de quarante a cinquante boisseaux de petites poires sucrées par année. On dit que, suivant l'exemple des missionnaires, les colons avaient pris la coutume de planter les poiriers en groupe de douze, un pour chacun des apôtres, avec le douzième un peu à part des autres, pour représenter Judas. De nombreuses sources du 19e siècle rapportent que chaque ferme le long de la rivière possédait un tel verger.

On retrouve encore de ces arbres aujourd'hui, quoiqu'ils sont devenus rares et que leurs proportions légendaires semblent avoir diminué quelque peu. Ils sont toutefois imposants encore, beaucoup plus grands que les arbres fruitiers qu'on connaît. Leur présence délimite avec grande précision l'étendu du peuplement francophone, à partir de Monroe au Michigan jusqu'à Sarnia le long de la rivière Sainte-Claire; que ce soit au centre-ville de Windsor ou dans un terrain vacant au bord du lac Sainte-Claire, la présence d'un de ces vielles sentinelles signale invariablement les vestiges d'une vieille ferme française. Certaines familles gardent toujours la vieille recette pour les poires marinées qu'on préservait pour l'hiver. Les poiriers des Jésuites, Brett Jubinville. Les poiriers semblent vivants.
Les poiriers des Jésuites, Brett Jubinville. Un homme crie au clair de lune. Marie Caroline Watson Hamlin, dans Le Détroit des légendes, raconte une vieille histoire concernant les poiriers des Jésuites. Une veuve de Détroit avait été confiée aux soins de son beau-frère, un homme très avare. La pauvre veuve et ses enfants crevaient de faim et étaient ni plus ni moins les prisonniers de ce tyran. Un soir, la veuve tenta de s'échapper. Son bourreau la rattrapa dans le verger et, pendant qu'ils étaient tous les deux sous les poiriers, la veuve leva les bras au ciel et s'écria: "Je prie chacun de ces douze poiriers qui portent le nom des apôtres d'être les témoins de mes torts! Que ta propriété te glisse entre les doigts! Que tes vaches se tarissent! Que mes enfants et moi te hantions! Tu as fraudé la veuve et l'orphelin! Tu les as fait mourir de faim! Tu a brisé une promesse solennelle! Ce poirier sous lequel tu te tiens sera rejeté par ses compagnons, et tel Judas, il vivra en solitaire..."
On dit que la malédiction fut accomplie. L'avare est mort pauvre et seul, après avoir perdu ses animaux, son moulin et sa terre. Et par la suite, les voisins ont remarqué qu'un des poiriers s'était en effet mystérieusement séparé des autres...

Mais il y a une suite à cette légende. Dans un article publié dans le Detroit News le 27 avril 1941, on rapporte la mort imminente de Saint Pierre, le dernier survivant de ce fameux verger. Les résidents de Détroit ont alors décidé de prolonger la vie du patriarche en plantant une trentaine de ses scions sur le site (qui est aujourd'hui le parc Gladwin, à Détroit, en face de Belle-Île). On avait donc planifié une grande cérémonie pour célébrer le patrimoine de la ville, mais la journée même - horreur! - une vieille dame du quartier affirme que le vénérable géant n'est pas Saint Pierre, mais l'infâme Judas! Un article du même journal, publié le 2 mai, rapporte que la cérémonie a quand même eu lieu, mais apparemment avec beaucoup moins d'enthousiasme que prévu... [possible de faire le lien avec les deux articles].

Le poirier des Jésuites est un lien vivant avec les premiers jours de la colonie et, comme tel, a été choisi comme symbole de la communauté francophone du Détroit lors des grandes fêtes du tricentenaire.

Le poiriers des Jésuites

Voir des photos des poiriers

Voir les articles du Free Press (en anglais uniquement). Article 1- Article 2

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