Voici une légende historique, racontée par
Angèle Bénéteau. Elle l'avait apprise de sa mère, Adèle Bondy, née Gignac.
L'histoire se passe à la Petite Côte (aujourd'hui LaSalle), probablement vers la
fin du 18e siècle:
TOMMY MARTINE, ÉLEVÉ PAR LES INDIENS
Écoutez la légende

Je me souviens quand on était jeune,
ma mère elle nous contait une histoire. Ça devait être un grand-oncle de sa
mère en tout cas, son nom c'était Tommy Martine. Et puis, sa femme à Tommy
Martine, elle devait enfanter, puis elle était rendue à l'heure. La nuit,
elle s'est trouvée bien proche, puis le père a emmené son petit gars avec
lui - il s'appelait pareil comme lui, il s'appelait Tommy, lui aussi. Et
puis, ils ont embarqué dans une barge, ou un canot, puis ils ont pris la
rivière pour aller chercher de l'aide - je m'imagine pour une sage-femme (je
pense pas que c'était un docteur).
Et puis ils ont parti à ramer, c'était le milieu de la nuit,
puis ils ont rencontré des Indiens en canot. Ils ont cru que c'était des
malfaiteurs - les deux côtés - puis ça a fait une bataille et [...]
puis le père s'est fait tuer. Et puis eux-autres, les Indiens, ils l'ont jeté à
l'eau. Puis le petit gars, il raconte plus tard qu'il avait vu la rivière se
rougir du sang de son père. Et puis il était bien effrayé, je m'imagine. Et puis
les Indiens l'ont amené avec eux-autres dans leur logis. |
| Puis là, il a vécu
avec eux-autres. Il me semble qu'il devait
être bien perdu... D'ordinaire, les Indiens étaient bons pour lui, et puis ils
lui ont montré à chasser, et puis ils le peinturaient, puis ils lui mettaient
des grainages dans les cheveux... la vie des Indiens dans ce temps-là.... Ils
vivaient dans les bois. Comme de raison, quand les Indiens fêtaient, ils
buvaient, comme je dirais, de l'eau de vie - ils appelaient ça de même,
eux-autres - c'était comme du moonshine... Des fois ils s'en prenaient au petit.
Et puis une fois, même, ils voulaient le scalper - peut-être plus qu'une fois,
je sais pas... Mais les mères indiennes, elles l'aimaient bien, le petit gars,
il était aimable, et puis elles sortaient une bouteille puis elles la montraient
aux hommes. Puis ça leur donnait une distraction puis l'enfant se sauvait, puis
ensuite quand il était revenu, la colère était finie, puis l'enfant était
correct. |
 |
| Mais, dans ce temps-là, les Indiens
venaient à la Petite Côte, ils venaient par là en waguines, en grosses
waguines, et puis ils avaient des choses qu'ils échangeaient avec les gens de
par là - les gens de la Côte. Je suppose que c'était peut-être bien des
fourrures, des choses de même, et puis ils échangeaient pour des poches de sucre,
ou bien donc de farine, et puis ils amenaient ce petit garçon-là avec eux-autres.
Et puis, parmi où ce qu'ils allaient, il y en avait des dames qui disaient : |
| - Pourtant, cet
enfant-là avec eux-autres, c'est pas un
d'eux-autres. Il a pas l'air d'un Indien. Il a les cheveux châtains, et puis -
je suppose qu'il était pas trop bien grimé, tout ça, il était peut-être bien
cotonné, les cheveux - mais il avait les yeux bleus puis il avait un bon visage.
Puis elles étaient intéressées, puis elles ont dit : - J'ai
envie d'essayer de le changer pour des provisions de quelque sorte. Et puis
comme de fait, ça a marché. Je pense qu'ils l'ont peut-être bien eu pour une
poche de sucre ou quelque chose de même - ils ont échangé, toujours. |
 |
Puis la première chose qu'il a fait, il a
été s'assire au bord de la rivière - c'était peut-être bien la rivière Détroit -
puis il a tout enlevé dans ses cheveux les petites graines puis les petits
anneaux d'or puis il a tout garroché ça dans l'eau. Puis il a grandi. Il était
pas avec chez-eux, mais il avait un cheval, puis il est venu teenager, puis plus
vieux que ça, puis, une bonne journée, il dit :
- Moi, je veux trouver mes parents.
Puis il a parti, sur son cheval, dans les bois, et puis il a
cheminé puis il s'est informé. Toujours que, une bonne fois, il était pas mal
certain d'avoir trouvé sa maison, sa maison natale. Puis il a été frapper à la
porte. Puis justement, cette journée-là, il y avait une grosse noce - ce monde-là
se préparaient pour une noce - la table était mise, tous les voisinages, toutes
les parentés étaient là pour fêter. Et puis, voilà un passant qui demandait à
manger. Puis c'était un beau jeune homme, assez, ça fait qu'ils l'ont laissé
rentrer, mais il a pas mangé à la table des noces. Ils l'ont mis à côté. Puis la
mère elle voyait aux affaires, toujours, puis elle a arrivé dans la cuisine puis
elle a dit à quelqu'un :
- Ma foi, si Tommy vivait (en parlant de son mari), j'dirais
que c'est lui !
Puis bien là, ça a fait du parlement, puis... peu à peu, ça
s'est découvert que c'était son fils. C'était le petit gars qui était devenu
homme, puis qui était retrouvé. Et puis justement, les noces qui se faisaient,
là, c'étaient les noces de la fille qui était venue au monde la soirée du
meurtre de son père. |
Écoutez la légende

VOCABULAIRE
assire, s' : s'assoir
barge : barque, chaloupe
cotonné : avoir les cheveux mêlés, frisés
garrocher : lancer, jeter
grainages : grains décoratifs
grimé : pas trop bien grimé : avoir la figure sale, mal maquillée
moonshine : whisky blanc
parlement : discussion
teenager : adolescent (angl.)
toujours : de toute façon, toujours est-il que
voisinages : voisins
waguines : wagons (angl.)
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