Le Centre d'études et de recherches andalouses (CERA) qui
fut crée à Chefchaouen en 1986 dans le bâtiment
même du Musée Ethnographique inauguré en 1989
(ancienne résidence administrative et militaire du fondateur
de la ville) invite à diverses occasions, le Conservatoire
de Musique (ouvert en 1975 dans une ancienne demeure du Pacha)
à donner des concerts de musique andalouse traditionnelle
dite « al-Ala » dans le jardin de la célèbre
citadelle, « al-Qasaba ».
L'on peut se demander pourquoi précisément
ce type de musique : est-ce l'absence ou la méconnaissance
d'autres genres qui justifie ce choix ou est-ce parce que les
habitants préfèrent particulièrement le raffinement
de cette musique d'élite ?
Malgré le fait que la ville de Chefchaouen
soit, à côté d'autres villes historiques,
d'importance plus modeste, elle a pu abriter, depuis sa fondation
à l'époque Wattaside en 1471 par un descendant du
Prophète le chérif alami l'émir Moulay Ali
Berrached, un nombre considérable de familles andalouses
réfugiées là après la chute de Grenade
en 1492.
Ces immigrés ont amené évidemment
avec eux leurs moeurs, leur mode de vie et de culture. La musique,
comme l'architecture et d'autres arts, en font partie. Ils ont
tendance ainsi à préférer écouter
cette musique savante, fortement chargée de nostalgie,
qui rappelle la première patrie et soulage de la séparation
du paradis perdu.
Les touristes européens considèrent
Chefchaouen comme l'une des merveilles du Maroc : son cachet pittoresque,
ses maisons aux murailles passées à la chaux et
aux portes peintes en bleu, aux toits de tuiles andalouses, ses
jardins à la végétation luxuriante et ses
sources abondantes. Tout cela donne à cette mystérieuse
et charmante ville, un aspect méridional des plus séduisant.
Charles de Foucauld qui y passa une nuit en 1883, en a laissé
une description enthousiaste : « elle n'est, dit-il,
que vie, richesse et fraîcheur ».
La cité a constitué une source d'inspiration
privilégiée pour les historiens et les hommes de
Lettres, peintres, artistes, photographes, ceci sans omettre les
artistes et artisans traditionnels hommes et femmes en matière
de poterie simple ou décorée, filature, tissage,
maroquinerie (« Ghzel, Draza, Khiraza »...)
comme en matière de ferronnerie ou de sculpture sur bois
(« Haddada », etc) comme en matière
d'artisanat moderne faisant usage de la machine (tissage et broderie
contemporaine).
Azzeddine KHARCHAFI
Spécialiste des traditions orales au Maroc