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Chkachecks
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Fer
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26,3
x 9,5 cm
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Centre
des musiques arabes et méditerranéennes,
Tunisie
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En Tunisie, comme dans toute la région du Maghreb, se trouvent
des groupes rituels pratiquant des cultes similaires, à
cause de la possession en Afrique sub-saharienne. Le « stambali
» qui est arrivé à Tunis, par l'intermédiaire
de voyageurs ou d'esclaves noirs, en fait partie.
Cet échange entre la culture noire africaine et la culture
islamo-magrébine a fait que le « stambali » se
présente à la fois comme un art, une pratique ancestrale,
un système de croyances, un répertoire de chants
sacrés et enfin un rite extatique.
L'orchestre du Stambali est composé essentiellement de
trois instruments à savoir le gombri (instrument à
cordes de la famille des luths), les chkacheks (crotales) et le
tbal (tambour). Ce sont les chkacheks qui nous intéressent
le plus, étant donné qu'ils constituent un élément
essentiel dans le stambali et par le fait même qu'ils retrouvent
une place d'honneur dans les rituels de la communauté de l'Afrique du Nord.
Les chkacheks sont des crotales de fer ayant pour longueur 26,3
centimètres et pour largeur maximale 9,5 centimètres.
Ils sont joués avec les deux mains et ils appartiennent
à la famille des idiophones. En règle générale,
les chkacheks ne sont pas vendus sur le marché. Il faut
les commander chez un forgeron. Toutefois, avec le déclin
de cette profession, il n'existe plus à Tunis qu'un ou
deux artisans qui les fabriquent. Dans les cérémonies
du « stambali », les chkachkias (joueurs de chkacheks)
s'installent à droite et à gauche du maâlem
ou yenna (maître de cérémonie et joueur de
gombri). La place de droite est généralement attribuée
au chakachki le plus performant, plus proche du « corps
» du gombri. Il peut aussi diriger les autres percussionnistes
en adaptant selon la « nouba » (les enchaînements
musicaux), la pulsation rythmique qui peut être binaire
ou ternaire. Il faut cependant noter que le chkachkia ne joue
pas toute la formule rythmique, il en rend seulement les temps
forts.
Un beau jour,
ma mère a été invitée par son amie à
une fête du Stambali et elle m'a amené avec elle. Au
début je n'ai pas voulu y aller mais lorsque nous sommes
arrivés, j'ai trouvé un autre monde. Nous sommes entrés
dans la salle de séjour où l'orchestre et les invités
étaient installés. Il y avait tellement du monde que
j'ai eu peur. Il faut me comprendre, j'avais seulement huit ans.
Mais en fait, pourquoi avais-je peur ? Est ce que à cause
du son émis par les instruments ou bien à cause des instrumentistes
eux-même. Pour moi, ils étaient plutôt bizarres,
car lorsqu'ils ont commencé à jouer, j'ai constaté
qu'ils étaient dans un autre état d'esprit. C'était
comme s'ils étaient hypnotisés. Leur regard était
ailleurs. J'ai posé la question à ma mère :
« pourquoi ils sont comme ça ? ». Elle m'a répondu
qu'il fallait se taire et écouter la musique. Mais quelle
musique ?
J'ai entendu des sons que je n'avais jamais entendus de toute ma
vie de huit ans. Des sortes des instruments étranges, dont
l'un avait constitué de trois cordes qu'on appelle
gombri et l'autre qui m'a attiré particulièrement,
les chkachekhs, fabriqués avec du fer en forme de huit. Leur
son était si particulier qu'au début je les haïssaits.
Mais le plus étonnant, c'est que tout au long de la fête,
j'avais commencé à les apprécier et à les
sentir. C'est comme si leurs battements entraient en moi ou raisonnaient
avec les battements de mon coeur. Les invités ont commencé
à danser, petit à petit. Mais dès que le rythme a
commencé à accélérer, une des invitées
s'est mise en état de transe. C'est la première fois
que je voyais ça et j'avais envie de pleurer, pas
de joie mais d'étonnement. J'ai eu l'impression qu'il y avait
une force et un état d'esprit qui les dirigeaient et qui
était plus fort qu'eux.
Tous ces étonnements et ces questions je les ai gardés
pour moi jusqu'au jour que je suis entrée à l'Institut
Supérieur de Musique où je me suis mis à répondre
à quelques questions comme : « Est-ce que le rythme
émis par les chkacheks fait qu'ils entrent en résonance
avec les battements du coeur ? Y a-t-il chez les danseurs visés
une perte de conscience, voire une abolition des notions d'espace
et de temps ? Ou bien s'agit-il d'autre chose de plus scientifique
? »
C'est grâce à ce projet que je me suis intéressé
aux chkacheks plus particulièrement pour me préparer
au projet de recherche de fin d'études ; étudier
scientifiquement les musiques qui mènent à l'état
de transe.
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