les cordophones

les cordophones

Les chkacheks
par BELHASSEN

les chkacheks
fiche technique
Chkachecks
Fer
26,3 x 9,5 cm
Centre des musiques arabes et méditerranéennes, Tunisie
<img src="../Images/Instruments/Animation_francais/Jeunes/cmamc12.gif" width=75 height=75 border=0 usemap="#cmamc12Map">
<img src="../Images/Instruments/Animation_francais/Jeunes/cmams12.gif" width=45 height=45 border=0 usemap="#cmams12Map">


En Tunisie, comme dans toute la région du Maghreb, se trouvent des groupes rituels pratiquant des cultes similaires, à cause de la possession en Afrique sub-saharienne. Le « stambali » qui est arrivé à Tunis, par l'intermédiaire de voyageurs ou d'esclaves noirs, en fait partie.

Cet échange entre la culture noire africaine et la culture islamo-magrébine a fait que le « stambali » se présente à la fois comme un art, une pratique ancestrale, un système de croyances, un répertoire de chants sacrés et enfin un rite extatique.

L'orchestre du Stambali est composé essentiellement de trois instruments à savoir le gombri (instrument à cordes de la famille des luths), les chkacheks (crotales) et le tbal (tambour). Ce sont les chkacheks qui nous intéressent le plus, étant donné qu'ils constituent un élément essentiel dans le stambali et par le fait même qu'ils retrouvent une place d'honneur dans les rituels de la communauté de l'Afrique du Nord.

Les chkacheks sont des crotales de fer ayant pour longueur 26,3 centimètres et pour largeur maximale 9,5 centimètres. Ils sont joués avec les deux mains et ils appartiennent à la famille des idiophones. En règle générale, les chkacheks ne sont pas vendus sur le marché. Il faut les commander chez un forgeron. Toutefois, avec le déclin de cette profession, il n'existe plus à Tunis qu'un ou deux artisans qui les fabriquent. Dans les cérémonies du « stambali », les chkachkias (joueurs de chkacheks) s'installent à droite et à gauche du maâlem ou yenna (maître de cérémonie et joueur de gombri). La place de droite est généralement attribuée au chakachki le plus performant, plus proche du « corps » du gombri. Il peut aussi diriger les autres percussionnistes en adaptant selon la « nouba » (les enchaînements musicaux), la pulsation rythmique qui peut être binaire ou ternaire. Il faut cependant noter que le chkachkia ne joue pas toute la formule rythmique, il en rend seulement les temps forts.

Un beau jour, ma mère a été invitée par son amie à une fête du Stambali et elle m'a amené avec elle. Au début je n'ai pas voulu y aller mais lorsque nous sommes arrivés, j'ai trouvé un autre monde. Nous sommes entrés dans la salle de séjour où l'orchestre et les invités étaient installés. Il y avait tellement du monde que j'ai eu peur. Il faut me comprendre, j'avais seulement huit ans. Mais en fait, pourquoi avais-je peur ? Est ce que à cause du son émis par les instruments ou bien à cause des instrumentistes eux-même. Pour moi, ils étaient plutôt bizarres, car lorsqu'ils ont commencé à jouer, j'ai constaté qu'ils étaient dans un autre état d'esprit. C'était comme s'ils étaient hypnotisés. Leur regard était ailleurs. J'ai posé la question à ma mère : « pourquoi ils sont comme ça ? ». Elle m'a répondu qu'il fallait se taire et écouter la musique. Mais quelle musique ?

J'ai entendu des sons que je n'avais jamais entendus de toute ma vie de huit ans. Des sortes des instruments étranges, dont l'un avait constitué de trois cordes qu'on appelle gombri et l'autre qui m'a attiré particulièrement, les chkachekhs, fabriqués avec du fer en forme de huit. Leur son était si particulier qu'au début je les haïssaits. Mais le plus étonnant, c'est que tout au long de la fête, j'avais commencé à les apprécier et à les sentir. C'est comme si leurs battements entraient en moi ou raisonnaient avec les battements de mon coeur. Les invités ont commencé à danser, petit à petit. Mais dès que le rythme a commencé à accélérer, une des invitées s'est mise en état de transe. C'est la première fois que je voyais ça et j'avais envie de pleurer, pas de joie mais d'étonnement. J'ai eu l'impression qu'il y avait une force et un état d'esprit qui les dirigeaient et qui était plus fort qu'eux.

Tous ces étonnements et ces questions je les ai gardés pour moi jusqu'au jour que je suis entrée à l'Institut Supérieur de Musique où je me suis mis à répondre à quelques questions comme : « Est-ce que le rythme émis par les chkacheks fait qu'ils entrent en résonance avec les battements du coeur ? Y a-t-il chez les danseurs visés une perte de conscience, voire une abolition des notions d'espace et de temps ? Ou bien s'agit-il d'autre chose de plus scientifique ? »

C'est grâce à ce projet que je me suis intéressé aux chkacheks plus particulièrement pour me préparer au projet de recherche de fin d'études ; étudier scientifiquement les musiques qui mènent à l'état de transe.


texte précédent
texte suivant