Nunavik : une terre, son peuple English Pour voir davantage du Musée virtuel du Canada Introduction Une terre Un peuple Culture Récits Galerie Carte du site Crédits Inuktitut
Musée virtuel du Canada

Un peuple

4 000 ANS D'HISTOIRE
COMMUNAUTÉS

4 000 ANS D'HISTOIRE

Il y a environ 10 000 ans, le territoire actuel du Nunavik est couvert d’une épaisse couche de glace et ce n’est que vers 7 500 ans AA que le réchauffement climatique permet le retrait progressif de la calotte glaciaire. Vers 6 000 ans AA, le retrait du glacier favorise l’émersion des terres permettant ainsi la colonisation du territoire par une flore puis une faune adaptées à un environnement arctique. Les premières évidences de l’occupation humaine au Nunavik remontent à environ 4 000 ans AA.

Photo de la toundra après la tempête
Toundra après la tempête

Les Prédorsétiens (4 000 à 2 500 ans AA)

L’occupation humaine de l’Arctique de l’Est débute vers 4 500 ans AA et les premiers mouvements de populations depuis la Béringie coïncident avec un réchauffement climatique. Des groupes de chasseurs-cueilleurs, vraisemblablement originaires de la Sibérie, s'installent d'abord en Alaska pour ensuite migrer sur de vastes territoires de l’Arctique depuis l’île Devon jusqu’aux franges côtières du Labrador.

Ces populations occupent les terres continentales plus au sud et certaines îles du Bas-Arctique, depuis les zones nordiques des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, du Nunavik ainsi que les zones riveraines du détroit d’Hudson et du Labrador.
Les Prédorsétiens chassent principalement le caribou, le phoque et le morse. Leur outillage, issu de la Tradition microlithique de l’Arctique, est essentiellement composé de grattoirs, de microlames, de pointes finement taillées, de couteaux et de burins. En plus de la pierre taillée, ils travaillent également l’os, le bois et l’andouiller pour fabriquer des arcs, des flèches, des têtes de harpons et des lances.
Les structures d’habitations prédorsétiennes sont des tentes de peaux (de caribous ou de mammifères marins) de forme ovale ou circulaire accompagnées de fosse d’entreposage. On retrouve également des habitations semi-souterraines prédorsétiennes dans des champs de blocs. L’intérieur de ces deux types d’habitations, associées aux saisons froides, comprend généralement deux aires de couchage, des caches de nourriture et des aires de travail séparées par un passage mitoyen comprenant un foyer central. À l’inverse, les habitations estivales sont plus simples, sans aménagement intérieur.

La transition entre la fin du Prédorsétien et le début du Dorsétien soulève encore beaucoup de questions. Vers 3 000 ans AA, les nombreuses fluctuations climatiques auraient grandement affecté les populations de l’Arctique de l’Est et du Nunavik. Cette période d’instabilité climatique aurait eu des effets sur la distribution des ressources animales entraînant ainsi des changements technologiques et économiques au sein des populations humaines qui occupaient le territoire. Actuellement, deux hypothèses sont proposées pour expliquer la transition entre les Prédorsétiens et les Dorsétiens. Alors qu’un premier scénario appuie l’hypothèse d’une certaine continuité culturelle entre les deux cultures, un second scénario favorise plutôt la disparition des Prédorsétiens et l’arrivée de nouveaux groupes recolonisant ainsi l’ensemble du détroit d’Hudson à partir de 2 900 ans AA. Les résultats des récentes recherches archéologiques menées au Nunavik devraient apporter des éléments de réponse à ces questions.

Photo d'un masque miniature en ivoire
Masque miniature en ivoire
Collection du Musée canadien des civilisations

Tuniit (Dorsétiens, 2 500 à 600 ans AA)

Les premières évidences archéologiques attribuées à la culture dorsétienne sont découvertes au Cap Dorset, sur l’île de Baffin, d’où l’appellation « Dorsétien » utilisée par les archéologues. Les Dorsétiens, appelés Tuniit d’après les légendes inuites, sont d’excellents chasseurs de phoques et de morses. Ils brûlent le gras de ces animaux dans des lampes en stéatite comme source lumineuse.
Les premières manifestations de la culture dorsétienne apparaissent au cours d’une période de refroidissement climatique qui aurait débuté vers 3 000 ans AA. Bien adaptés à un climat plus froid, les Dorsétiens – ou les Tuniit selon les Inuits contemporains – occupent rapidement la majeure partie de l’Arctique de l’Est s’étendant même jusqu’à la Basse-Côte-Nord du Québec et jusqu’au sud-est de Terre-Neuve. Au Nunavik, les plus anciennes occupations associées aux Tuniit sont datées à environ 2 500 ans AA.

Les Tuniit exploitent une variété de ressources maritimes (phoque, morse et béluga) et de l'intérieur des terres (caribous, petits mammifères, oiseaux migrateurs et poissons de rivières). À l’instar de leurs prédécesseurs, les populations Tuniit utilisent un outillage façonné à partir de diverses matières premières. Parmi leurs principaux outils en pierre, on retrouve des petites pointes triangulaires, des pointes bifaciales, des burins, des racloirs, des grattoirs, des herminettes et des microlames (petits artefacts de pierre deux fois plus long que large présentant deux bords tranchants parallèles).

Les Tuniit développent également une importante industrie des matières organiques par le travail de l’os, de l’andouiller, de l’ivoire et du bois. Parmi ces outils on retrouve des têtes de harpon, des pointes à barbelures, des couteaux à neige pour la construction d’igloos, des patins de traîneau, des crampons à neige et des aiguilles en os.

Les lampes à huile en stéatite et les traîneaux à chiens font leur apparition durant la période dorsétienne. Diverses expressions artistiques se développent au sein de la culture tuniit avec la confection de petites sculptures en matière organique représentant des figurines animales, humaines ou un mélange animal/homme. Des gravures rupestres représentant des visages anthropomorphes sont également associés aux Tuniit.

Bien que nomades, les Tuniit ont un mode de vie plus sédentaire que leurs prédécesseurs. Leur mobilité plus réduite se traduit par des structures plus élaborées, par une augmentation des vestiges mis au jour sur les sites archéologiques et des habitations plus permanentes. Alors que l’utilisation des tentes persiste toujours en période estivale, des maisons semi-souterraines sont également aménagées dans des champs de blocs et sur d’anciennes plages. La présence de couteau à neige permet de supposer que les Tuniit se construisent des igloos durant la saison hivernale. Les maisons-longues font leur apparition vers la fin de cette période. D’une longueur variant entre 15 et 35 mètres sur une largeur de 4 à 6 mètres, ces maisons rectangulaires pouvaient aisément abriter de huit à dix familles. Les habitations des Tuniit sont souvent associées à diverses structures secondaires telles des caches pour la nourriture ou le matériel, des pièges et affûts de chasse et des inuksuit.

Photo d'un lame thuléenne
Lame thuléenne, 1000-1700
Collection du Musée McCord, M5832

Les Thuléens (750 ans AA jusqu’au contact avec les Européens)

Originaires de l’Alaska, les Thuléens sont issus d’une nouvelle vague de migration qui, à partir de 1 000 ans AA, traverse l’Arctique de l’Est pour atteindre le Nunavik vers 750 ans AA. Durant cette période, un réchauffement climatique aurait grandement modifié le couvert de glace sur la mer, ce qui aurait eu comme conséquence le développement de nouvelles techniques de capture en haute mer.
Différents scénarios concernant la transition entre les Tuniit et les Thuléens sont proposés par les archéologues. Les recherches archéologiques récentes tendent à appuyer l’hypothèse que les Thuléens, mieux adaptés pour l’exploitation des mammifères marins, auraient supplanté les Tuniit sur l’ensemble du territoire de l’Arctique de l’Est. Alors que certains groupes ont pu disparaître, d’autres se sont probablement adaptés en assimilant les éléments technologiques thuléens au point de perdre leur « identité » Tuniit. Selon certaines hypothèses, des Tuniit auraient même vécu jusqu’au début du xxe siècle sur l’île Southampton située à l’entrée de la baie d’Hudson.
Grands chasseurs de baleines, les Thuléens se déplacent à bord de grandes embarcations pouvant mesurer jusqu’à neuf mètres de longueur par deux mètres de largeur nommées umiaks. Recouvertes de peaux de phoque ou de morse, ces embarcations légères peuvent transporter jusqu’à une vingtaine de personnes ainsi qu’une grande quantité de matériel.

Sur le plan technologique, les Thuléens délaissent la pierre taillée au profit de la pierre polie. On observe aussi une augmentation du travail de l’os et de l’ivoire. Ils utilisent des pierres tendres comme le schiste notamment pour la fabrication de couteaux semi-circulaires (ulus) ou encore de lames pointues. Les Thuléens utilisent l’arc et la flèche pour la chasse terrestre alors que le harpon et la lance sont surtout utilisés pour la capture des mammifères marins, dont les baleines. Les Thuléens emploient toujours la stéatite pour la fabrication de récipients et de lampes à huile de formes diverses. Parmi les innovations technologiques des populations thuléennes, mentionnons notamment le foret à archet (permettant un mouvement rotatif continu), les traîneaux à chiens, les umiaks et les kayaks pour les déplacements sur l’eau et la chasse aux mammifères marins, le propulseur pour la projection du harpon et de la lance et les lunettes pour se protéger de l'intense réflexion du soleil sur la neige.

Les Thuléens se servent toujours des tentes pour se loger durant la saison estivale. En plus d’utiliser les igloos durant leurs déplacements hivernaux sur la banquise, ils développent un nouveau type d’habitation semi-souterraine. L’un des éléments ingénieux des maisons semi-souterraines thuléennes est la présence d’un tunnel d’entrée, avec une légère dépression dans le couloir, empêchant ainsi le froid de pénétrer à l’intérieur. Ces habitations comprenent une ou deux aires de combustion et une plate-forme de couchage surmontant des compartiments de remisage. Les structures de ces maisons, souvent érigées avec des os de baleines ou du bois flottant, sont recouvertes de peaux ou de tourbe.

Photo d'un couteau Ulu
Couteau Ulu, 1900-1909
Collection du Musée McCord, ME930.39.15

Les Inuit historiques

Les Inuit contemporains sont les descendants directs des Thuléens et, malgré de contacts épisodiques avec des Norrois (des explorateurs et des pêcheurs européens durant la deuxième moitié du xvie siècle), leur mode de vie à la période historique était semblable à celui de leurs ancêtres thuléens. Les premiers contacts plus réguliers qu’ont eu les Inuit du Nunavik avec les Européens débutent durant la première moitié du xixe siècle lors de l’établissement d’une mission morave à l’embouchure de la rivière Koksoak en 1811, à l’emplacement actuel du village de Kuujjuaq.

Alors que la présence européenne est attestée de façon sporadique dans le détroit d’Hudson et dans la baie d’Hudson au cours des xvie et xviie siècles, des postes permanents n’y sont implantés qu’au xixe siècle et au début du xxe siècle. Dans la baie d’Ungava, les premières incursions européennes n’eurent lieu qu’au début du xixe siècle et ce n’est qu’à partir du début du xxe siècle que des postes y sont ouverts de façon plus permanente.

L’implantation des premiers postes de traite par la Compagnie de la Baie d’Hudson et Revillon Frères marquèrent une période plus soutenue de contacts et d’échanges avec les populations inuit du Nunavik. En 1750, un premier poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, d’abord implanté dans la région du lac Guillaume-Delisle, a été transféré à Kuujjuarapik en 1759. Ensuite, un poste de traite est établi à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo) en 1830, suivi de postes saisonniers à Tasiujaq en 1833 et à Kangiqsualujjuaq (anciennement Rivière George) en 1838. Tous ces postes fermeront vers 1842 en l’absence d’une clientèle régulière. Ce n’est qu’en 1866 que les activités reprennent au poste de Fort Chimo qui demeure le seul poste de traite actif de la baie d’Ungava. Le début du xxe siècle marque véritablement le début de la prolifération de postes de traite au Nunavik avec la création de nouvelles compagnies, dont Revillon Frères qui fut acquise par la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1937. L’établissement de ces postes imposent aux Inuit à devenir de plus en plus sédentaires, leur offrant ainsi un accès direct à des biens de consommation en échange de fourrures.

Même si nous ne connaissons que peu de sites inuit de la période historique, les vestiges qui y sont associés correspondent à ceux de la période thuléenne. Alors que les outils en os, en andouiller et en pierre sont toujours utilisés, le fer tend à remplacer graduellement certaines matières traditionnelles pour la fabrication d’outils quotidiens (pointe de lance, couteau semi-circulaire, etc.). Les armes à feu remplacent éventuellement les armes traditionnelles de chasse. Les habitations restent sensiblement les mêmes (tentes, igloos et maisons semi-souterraines) jusqu’à ce que le canevas ou la toile remplace les peaux dans la confection des tentes. Les dernières maisons semi-souterraines auraient été construites vers la fin du xixe siècle.

Photo de Puvirnituq au printemps
Puvirnituq au printemps

Les Inuit d’aujourd’hui : vers l’autonomie du Nunavik

Faisant autrefois partie de la Terre de Rupert, le territoire du Nouveau-Québec (territoire actuel du Nunavik) a été cédé au Canada en 1867 au moment de la Confédération. En 1912, le Parlement canadien adopte la Loi de l’extension des frontières de Québec qui permet de transférer le district de l'Ungava à la province du Québec, prolongeant ainsi son territoire jusqu’au détroit d’Hudson et à la baie d’Ungava. La loi fédérale de 1912 stipule que la province du Québec doit reconnaître des droits indiens et régler les revendications territoriales autochtones.

En 1939, un jugement de la Cour suprême du Canada place officiellement les Inuit du Nouveau-Québec sous la juridiction du gouvernement fédéral, ce qui confère à ces derniers les « droits » prévus par l’Acte sur les Indiens de 1876. Ce n’est qu’en 1950 que l’administration fédérale offre aux communautés du Nouveau-Québec des services en matière d’éducation, de santé et de développement économique. Cette période marque la création des premières coopératives inuit au Nouveau-Québec, soit celle de Rivière George en 1959, de Grande Baleine en 1961 et celle d’Inukjuak en 1967. C’est également au cours des années 1950 que le gouvernement du Québec profite de l’immense potentiel de développement économique du Nouveau-Québec grâce à l’exploitation minière et aux projets hydroélectriques.

En 1970, la Commission Neville-Robitaille est instaurée pour étudier les différentes conditions du transfert des responsabilités du Fédéral au gouvernement provincial. Le premier projet d’autonomie gouvernemental des Inuit fut présenté à la Commission lors de sa tournée des villages du Nouveau-Québec. L’année 1970 est également marquée par la création de l’Association des Inuit du Nord québécois.
Suite à la contestation juridique des Cris et des Inuit concernant la construction du projet hydroélectrique La Grande, le gouvernement du Québec consent à respecter les clauses de la loi de 1912. En novembre 1975, une entente de principe permet la signature de la Convention de la Baie James et du Nord Québécois (CBJNQ). Les signataires de la CBJNQ sont, d'une part, l'Association des Inuit du Nord québécois et le Grand Conseil des Cris du Québec, et, d'autre part, le gouvernement du Québec, la Société d'énergie de la Baie James (SEBJ), la Société de développement de la Baie James (SDBJ), la Commission hydro-électrique du Québec (Hydro-Québec) et le gouvernement du Canada. Les Inuit de Puvirnituq, d’Ivujivik et de Salluit refusent d’entériner cette entente et ils forment, en 1975, un mouvement dissident appelé Inuit Tungavingat Nunamini (ITN).

En 1978, le gouvernement du Québec adopte une série de mesures législatives favorisant la mise en vigueur de plusieurs dispositions de la CBJNQ. La Loi sur les villages nordiques et l'Administration régionale Kativik est d’abord adoptée. Ensuite, une loi permet la création de la Société Makivik, l’organisme chargé de l’administration des fonds obtenus suite à la signature de la CBJNQ, de la protection des droits des Inuit selon les termes de la CBJNQ et de jouer un rôle prédominant dans le développement politique, social et économique du Nunavik. Seront ensuite instituées la Commission scolaire Kativik, l’Administration régionale Kativik et la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik.

Suite à la présentation des revendications des Inuit devant une Commission spéciale de l’Assemblée nationale du Québec, un comité chargé d’élaborer des propositions concrètes menant à l’établissement d’un gouvernement autonome au Nunavik est mis sur pied en 1984. Les travaux du Comité de rédaction de la Constitution du Nunavik (CCK) débutent cinq ans plus tard. À partir de 1990, d’importantes négociations sont menées visant la création d’un gouvernement pour le Nunavik. En 1997, le Premier ministre du Québec approuve l’idée d’une commission sur le Nunavik. Un accord est signé en 1999 et cette commission, qui a pour mandat de faire des recommandations sur la mise sur pied d’un gouvernement au Nunavik, déposa son rapport en 2001.

La Société Makivik organise d’abord une tournée d’information auprès des communautés du Nunavik, puis une conférence sur le gouvernement du Nunavik regroupant plus de 70 délégués de chacune des communautés. Pourvu du mandat de négocier la création d’une nouvelle forme de gouvernement, Makivik approche les gouvernements du Canada et du Québec. Suit l'élaboration d'une entente-cadre qui définit l’ensemble du processus de l’élaboration d’un gouvernement autonome au Nunavik.

Après des années d’efforts et de négociations, l’Accord de principe sur le gouvernement du Nunavik est signé par l’Assemblée nationale le 5 décembre 2007.

Dans l’attente d’entériner l’accord définitif, la signature de l’Accord de principe constitue une étape cruciale vers l’autonomie gouvernementale du Nunavik. Les gouvernements du Québec et du Canada acceptent finalement la réalité d’un gouvernement du Nunavik. Il demeure à préciser les mécanismes juridiques entourant la création de cette nouvelle entité.

 




Pour voir davantage du Musée Virtuel du Canada
© Laboratoire de recherche sur les musiques du monde , 2009. Tous droits réservés. Une création de lucbouvrette.com [trente-neuf créatif] Questions/commentaires ? VERSION FLASH

Université de Montréal

trente-neuf.ca