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Récits

PROPOS RECUEILLIS
UN PONT VERS LE PASSÉ
LE REGARD DES ENFANTS

PROPOS RECUEILLIS

Cette section fait place aux propos de Nunavimmiut ayant accepté de partager moments d'existence et réflexions. De la sagesse des Aînées aux espoirs des plus jeunes, l'expression de chacun de ces individus est une occasion d'apprendre et de s'enrichir à partir de contacts privilégiés. Ici, les enfants ont aussi leur plateforme, où leur vision du monde peut aussi bien être communiquée par l'expression artistique que par la parole.

Photo de quatre aînées de Kangiqsujuaq

Maata Tuniq (h-g), Mary Kiatainaq (h-d)
Inuluk Qisiiq (b-g), Lizzie Irniq (b-d)

La sagesse des Aînées

Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq et Lizzie Irniq co-habitent à la Maison des Aînés de Kangiqsujuaq. Elles partagent avec nous leur enfance et les rudes épreuves traversées, la mémoire de traîneaux de chiens, l'importance de la langue Inuktitut, de la nourriture traditionnelle et de transmettre leurs connaissances aux nouvelles générations.

(Inuluk Qisiiq)
«Je suis née entre Saluit et Wakeham Bay pendant la famine, quand il n'y avait pas de nourriture. Je ne sais pas comment mes parents m'ont élevé pendant les années de la famine. C'étaient des années difficiles. J'avais des soeurs aînées, mais je ne m'en souviens plus, elles sont mortes quand j'étais jeune, probablement de ma famine. J'ai une soeur aînée qui habit ici à Kangiqsujuaq, elle fût adoptée. Mon frère est décédé il y a quelques années d'un accident de canot.

Pendant la famine, ma Mère nourrissait ma soeur avec du gras de phoque ou de béluga sur un morceau de bois, comme une sucette. Avant qu'il n'y ait quoi que ce soit à manger ma Mère faisait fondre de la glace dans sa bouche pour faire boire les enfants.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, il y eut une grande famine dans le Nord. Tous les Blancs ont quitté à cause de la guerre. Aussitôt la guerre terminée, ils sont revenus. Les prêtres et les compagnies du Nord retournaient avec des provisions et ça a commencé à changer à partir de là. Depuis, ça va de mieux en mieux.»

(Maata Tuniq)
«Je suis née à Kangirsuq, et élevée durant la Seconde Guerre Mondiale. Il y avait une grande famine à l'époque, partout dans le Nord, au Nunavik, au Nunavut et probablement aussi au Labrador. Pendant une période nous avons survécu en mangeant nos chiens. Nous n'avions pas à les tuer, ils mourraient de faim et ensuite nous les mangions. C'est comme ça que nous avons traversé la famine. C'était extrêmement difficile.

Mes parents nous disaient que nous devions manger du chien, mais ce n'était pas très bon. Ils nous disaient "Nous mangeons ceci maintenant, mais il y a de la meilleure nourriture qui s'en vient bientôt".

Après la guerre, tout s'est amélioré. Mais quand les Blancs sont revenus, il n'y avait plus de chiens pour se déplacer. Notre leader, nous avions un leader, devait marcher de grandes distances pour chercher de la nourriture, et il est revenu avec des chiens. Nous avons recommencé à les élever.

Ensuite, je suivais souvent mon Père. Nous allions à la pêche, camper et chasser accompagnés seulement des chiens. Habituellement c'était les hommes qui y allaient, mais quand un père n'avait pas de fils, il amenait sa fille. Mon Père n'avait pas de fils et puisque j'étais l'aînée, je le suivais partout durant ma jeune adolescence. Je l'ai suivi jusqu'à ce qu'il ne puisse plus y aller à cause de l'âge. Ensuite je me suis occupé de lui pour le reste de sa vie.»

(Inuluk Qisiiq)
«Je n'ai pas souvent suivi mon Père parce qu'il avait des fils».

(Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq, Lizzie Irniq)
«Les hommes allaient chasser avec des équipages de chiens pour des périodes de trois à quatre semaines et revenaient au village. Ils trappaient, pêchaient et chassaient le caribou. Ils prenaient leur temps, il n'y avait pas d'urgence. Dans les camps, il y avait surtout des femmes, pendant que les hommes allaient à la chasse.

La grandeur des équipages de chiens était variable. Un homme pouvait avoir cinq chiens, un autre en avait dix, un autre sept. Plus le chasseur était un bon chasseur, plus de chiens il pouvait nourrir.

Aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile avec les motoneiges. D'un côté c'est mieux, mais à l'époque, les chiens ne coûtaient rien : pas d'essence et pas de mécanicien pour réparer les machines. Aujourd'hui tout est tellement cher. La vie est encore difficile, mais pas pour les mêmes raisons.

De nos jours il y a des chiens partout dans le village, mais ces chiens sont naïfs. Auparavant, ils auraient pu retrouver leur chemin, même dans un blizzard à visibilité nulle. Les hommes n'avaient même pas à les diriger. Ils savaient où ils devaient aller. Les chiens à cette époque étaient très intelligents. Nous croyons toutes qu'il est important de préserver la tradition des équipages de chiens.

L'Inuktitut, notre langue, est aussi très important pour nous, et les Aînés en ont une meilleure connaissance. Les jeunes d'aujourd'hui parlent l'Inuktitut différemment. Ils peuvent encore parler la langue de l'Inuk, et c'est très important pour nous. Mais il y a des mots qu'ils ne peuvent comprendre parce qu'ils sont d'une autre génération.

Il est aussi important que les jeunes écoutent les Aînés pour qu'ils sachent comment nous avons vécu, et qu'ils puissent préserver nos traditions. À chaque génération se perd une partie de nos traditions. Nous faisons de notre mieux pour leur raconter notre histoire et la bonne façon de vivre. Certains d'entre eux se souviennent et vivent ces traditions.»

(Lizzie Irniq)
«Quand nous grandissions, nous n'avions pas la technologie d'aujourd'hui et nous sommes passé à travers des périodes très difficiles, essayant de survivre la famine. Aujourd'hui, peu de gens savent ce que nous avons vécu. La technologie a rendu plusieurs aspects de la vie plus faciles. Plusieurs d'entre eux ne sauraient comment survivre s'ils devaient passer à travers une famine comme nous l'avons fait.

À l'époque, avant qu'il n'y ait de l'argent [dans le Nord], il y avait du crédit ; par exemple un renard, un crédit au poste de traite. Nous ne voyions jamais de billets de banque ou de monnaie. Nous recevions du crédit et achetions sans argent. L'argent n'est pas une bonne chose. Plusieurs de nos jeunes croient qu'ils peuvent survivre seulement avec l'argent.»

(Mary Kiatainaq, Inuluk Qisiiq, Maata Tuniq, Lizzie Irniq)
«Aujourd'hui, nous faisons beaucoup de couture et de tricot de vêtements traditionnels. C'est pour nos enfants et petits-enfants.

La nourriture traditionnelle est aussi très importante pour nous. Elle était très importante quand nous avons grandi. C'était la seule nourriture à l'époque. Et aujourd'hui, c'est ce que nous préférons, mais parfois nous devons acheter de la nourriture provenant du magasin.

Aujourd'hui, nous vivons dans une maison chaude, avec de l'électricité et de l'eau courante. C'est bien. Mais quand il s'agit de nourriture nous préférons la nourriture traditionnelle, particulièrement la viande de phoque, c'est notre préférée. Nous mangeons depuis notre enfance du phoque et du poisson, comme de l'omble chevalier. Si nous avions le choix, nous mangerions de la nourriture traditionnelle tout le temps plutôt que de la nourriture provenant du magasin. Les hommes du village nous amènent de la nourriture traditionnelle, mais parfois nous devons plutôt acheter de la nourriture provenant du magasin.

Nous avons aussi toutes sortes de plantes comestibles provenant de la toundra. Par exemple, il y a l'airaq [oxytrope], l'immulik [arméria du Labrador], une plante très sucrée, au sucre naturel. Il y a aussi des fleurs jaunes auxquelles nous ajoutons de l'huile provenant de la graisse de phoque. Comme médicament, nous faisons du thé avec du tiirluk [épilobe à feuilles étroites] pour guérir les rhumes et la toux. Nous mangeons aussi du kimminaq [airelle rouge], une baie très sucrée, pour traiter les maux de gorge et les infections de la bouche.»

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Photo de Beatrice Deer

Beatrice Deer

BEATRICE DEER

L'équilibre entre passé et avenir

Née à Quaqtaq, Beatrice Deer habite aujourd'hui à Montréal avec son mari Charles où elle étudie le design web. Chansonnière accomplie, elle a joué à de nombreux festivaux nordiques et, entre autres, à d'importants événements culturels à Québec et Ottawa.

Beatrice nous parle de sa musique, de l'importance des traditions et de son opinion sur un monde en pleine transformation.

«Je suis de Quaqtaq, sur la côte d'Ungava. Ma mère est une Inuk et mon père un Mohawk de Kahnawake. J'ai habité à Quaqtaq toute ma vie jusqu'à ce que nous nous installions à Montréal en 2007. J'ai gradué de l'école secondaire à l'âge de 16 ans, mais après avoir travaillé jour après jour pendant plusieurs années, j'ai voulu retourner à l'école et vivre ailleurs. C'était ma plus grande peur, de quitter le confort de Quaqtaq, ce fut un très grand défi. Mais nous avons persisté. Aujourd'hui nous aimons notre vie ici. C'était difficile au début, mais nous avons pris goût à notre nouvelle vie. C'est maintenant chez nous.

Dès mon enfance, j'adorais chanter en écoutant de la musique. En 1997 mon frère est décédé, ma soeur aussi. Mon cousin et moi avons commencé à jouer de la musique suite à l'événement. Il jouait de la guitare et j'aimais chanter, c'est à ce moment que nous avons commencé à écrire des chansons. La première chanson que j'ai écrite était pour mon frère, pour exprimer mes sentiments. C'est là où j'ai commencé, à 15 ans.

Toutes mes chansons sont très personnelles. Ce que je dis dans mes chansons est relativement brutal. Je chante à propos de la tristesse, de la joie. J'ai des chansons sur le territoire, de nos origines, ce genre de sujet. Les gens semblent les aimer.

Les traditions sont extrêmement importantes pour moi. Lorsque nous avons quitté Quaqtaq, j'ai été très clair que dans cette maison, à Montréal, nous parlons l'inuktitut, particulièrement aux enfants. C'était ce qui était le plus important. Et je ne veux pas que mes enfants perdent leur langue. Évidemment ils oublient déjà des mots ici et là, mais leur inuktitut est encore très bon.

Nous mangeons de la nourriture traditionnelle, mes filles en mangent plus que moi. Je n'ai pas été élevée à apprécier des spécialités comme le phoque qui a été laissé pour pourrir légèrement, ce genre de chose. J'aime toutefois du poisson congelé, du béluga, du caribou, de l'oie, mais je n'en mange pas autant que d'autres. Ma mère doit manger de la nourriture traditionnelle à tous les jours, parce que c'est comme ça qu'elle fut élevée. Comme enfant, j'ai plutôt été élevée avec des côtelettes de porc et des pommes de terre pillées. Mais nous mangeons de ça aussi.

Quand je retourne à Quaqtaq, j'aime aller camper et pêcher. J’y allais quand j'étais petite, mais avec les années j'ai perdu l'intérêt pour ce genre de chose, et aussi parce que ma mère voyageait beaucoup donc nous ne pouvions y aller qu'occasionnellement. Aujourd'hui, camper nous rapproche tous, ce n'est pas comme au village dans une maison. Même les lits sont tous... c'est un grand lit pour tout le monde! [rires] Oui, c'est un petit camp, mais nous nous entraidons davantage. Par exemple, si les vêtements des enfants sont mouillés nous collaborons pour les suspendre et en trouver des secs. Nous allons pêcher ensemble, ça nous rapproche beaucoup. Le contact avec la nature nous procure l'environnement nécessaire pour nous rapprocher. Et ça nous rend fiers d'être Inuit. De vivre à l'extérieur du village, où il n'y a absolument rien? Les Inuit ont survécu. Ils n'avaient pas de bois, d'essence ou de magasins, ou on n'a qu'à entrer pour y acheter de la nourriture. Ils ont habité la nature, y ont chassé pour garder leurs familles en vie. Ça me fascine juste d'y penser.

Pour moi, c'est important de rester connecté au monde en transformation. On ne peut avancer sans connaître le côté moderne des choses. Nos Aînés ont leur propre vision, ils ont été élevés très différemment. Mais nous, les jeunes, devons rester en contact avec le reste du monde, pour y trouver un équilibre dans notre vie. Si on va à l'école aujourd'hui, on a plus de chances de réussir et de trouver l'emploi qu'on veut, qu'on aime. Le plus important pour le Nunavik de demain est l'éducation.»

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Photo de Timothy Sangoya

Timothy Sangoya

TIMOTHY SANGOYA

Le pouvoir de la Foi

Au moment de l'entrevue, Timothy Sangoya vivait à Tasiujaq où il travaillait comme inspecteur de police. Originaire du Nunavut, il vit au Nunavik depuis la fin des années 1990.

Il nous parle des années difficiles de sa jeunesse vécues dans une école résidentielle, et de la force de sa Foi.

«Je suis originaire du Nunavut, dans la région de Pond Inlet. Je suis au Nunavik depuis les dix dernières années. Quand j'étais jeune, dans les années 1960, plusieurs d'entre nous ont perdu leurs parents à cause d'une épidémie de tuberculose. Personnellement, ma mère a quitté à un moment que je ne me rappelle plus. J'avais un an et demi. Elle est revenue quelques années plus tard, mais je ne la reconnaissais pas, donc je ne pouvais retourner vers elle. Mes grands-parents m'ont élevé. Ensuite, j'ai quitté la maison à l'âge de 11 ans pour Iqaluit, qui était Frobisher Bay à l'époque. J'y suis resté pendant sept ans. J'ai été dans une école résidentielle de 11 à 18 ans.

Plusieurs d'entre nous ont été abusés physiquement et émotionnellement par nos professeurs et superviseurs. Nous faisions trop confiance, nous n'avions aucune idée dans quoi nous nous embarquions. Notre confiance a été abusée et nous l'avons perdue. Nous ne savions pas à qui parler. Tant qu'à moi, je ne pouvais même pas avoir de contact avec mes grands-parents. Il n'y avait pas de téléphones à l'époque. Nous pouvions communiquer par lettres, mais je n'y étais pas habitué, je ne prenais pas le temps de le faire. Je crois que j'ai écrit trois lettres sur une période de sept ans. Dans ces lettres, je cachais ma douleur. Je sentais qu'ils ne comprendraient pas. À l'époque je passais aussi à travers les changements de l'adolescence. Je sentais qu'ils étaient trop "traditionnels" pour comprendre ce que je vivais.

Aujourd'hui, plusieurs de mes camarades de classe sont décédés. La plupart se sont suicidés. D'autres sont morts d'abus d'alcool et de drogues. Certains sont dans des pénitenciers. Ma génération a énormément souffert.

À une époque de ma vie j'ai eu à faire des choix : d'entretenir la rancune à l'égard de mes professeurs et superviseurs ou de la laisser tomber. J'ai choisi de pardonner. C'est la meilleure chose. Peut-être que ça peut paraître étrange, mais mon message aux jeunes d'aujourd'hui est qu'il n'y a pas de vie qui vaut la peine d'être vécue sans Jésus-Christ. Toutefois, rien ne pourra compenser pour certaines épreuves que j'ai survécu. Comme ma famille à Pond Inlet. Elle n'existe plus. Mais je me sens chez moi aujourd'hui [au Nunavik].

Le but du Christianisme n'est pas de faire de nous de meilleures personnes, ce n'est pas l'objectif. L'objectif est de renaître. C'est comme ça que j'ai changé. Auparavant, je tentais de confesser mes péchés et de tout faire pour devenir une bonne personne. Ça durait quelques jours, deux semaines, c'est tout [rires]. Pour me calmer, je devais poser des gestes qui étaient vraiment néfastes. Comme faire la fête jusqu'à en tomber mort [rires]. C'était un cycle. Je ne pouvais pas m'en sortir.

Plus tard, j'ai tenté de vivre une vie traditionnelle. Je sentais que ce n'était pas pour moi. J'essayais toutes sortes de choses. Un moment donné, je croyais que si j'avais deux motoneiges, un canot, tout ce qui m'était nécessaire comme Inuk, je serais heureux. C’est ce que j'ai fait, j'ai acheté deux motoneiges, un canot, une moto, mais quelque chose manquait toujours. Et ce n'est qu'au moment où j'ai rencontré Jésus comme mon Sauveur que je l'ai enfin trouvé. Depuis trente ans maintenant, je me lève le matin avec une paix intérieure.

Lorsque j'ai été sauvé, j'ai commencé à découvrir des choses et certaines d'entre elles étaient choquantes. Par exemple, j'ai découvert que ce n'était pas tous les prêtres qui connaissaient Jésus-Christ comme leur Sauveur. Donner un service religieux n'était pour eux qu'une routine, le traitant comme un travail. Être Chrétien est différent. Vous devenez un nouvel être. Vous pouvez sentir que Dieu est pour vous et qu'il vit en votre coeur. Certaines Églises ne réalisent pas ça. Ils ne connaissent pas Jésus sur une base personnelle. Vous devez le connaître pour pouvoir communiquer avec les autres.

Les gens d'aujourd'hui sont à la recherche de quelque chose. Ils sont à la recherche de la paix dont ils connaissent l'existence mais sur laquelle ils ne peuvent mettre le doigt. Ce que je peux dire c'est qu'ils cherchent aux mauvais endroits. Cette paix est une personne, et cette personne est Jésus-Christ. Seul Lui peut satisfaire cette soif intérieure.»

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Photo d'Allen Gordon

Allen Gordon

ALLEN GORDON

L'importance des traditions dans un monde en pleine transformation

Allen Gordon est Directeur exécutif de l'Association touristique du Nunavik. Il partage avec nous ses souvenirs d’enfance et constate les changements de la vie de tous les jours. Il nous parle aussi de l’importance de la nourriture traditionnelle pour les Inuit et pour la communauté en général.

«Pendant mon enfance j’ai assisté à plusieurs changements, de la culture à l’école. Nous étions dans une période de transition. La signature de la Convention de la Baie James et du Nord Québécois en 1975 a introduit des changements drastiques dans une courte période de temps. Par exemple, en plein milieu de ma formation scolaire, l’Inuktitut a été introduit comme sujet, ce que nous n’avions jamais eu auparavant. Les services ont aussi beaucoup changé. Quand je grandissais à Kuujjuaq nous avions une toilette portable que nous devions porter dehors à chaque jour, même pendant les blizzards. Les enfants d’aujourd’hui ne peuvent s’imaginer que nous n’avions pas d’eau courante mais plutôt un réservoir qui alimentait un seul robinet dans la maison. C’est comme ça que nous avions notre eau et si nous voulions de l’eau chaude nous devions la porter dans une chaudière et de la placer sur le dessus du poêle. Mes deux frères ont eu la vie encore plus difficile pendant leur enfance. Il n’y avait pas de poêle à l’huile, que des poêles à bois pour chauffer toute la maison. À l’époque ils n’étaient pas fortunés. Personne n’avait de motoneiges, il y avait des équipes de chiens de traîneau, c’était la vie à l’époque.

À l’époque il y avait beaucoup plus de respect pour les Aînés. Quand je grandissais, il existait encore plusieurs tabous culturels. Par exemple, on nous décourageait de regarder la pleine lune par les Aînés qui nous disaient “Ne la regarde pas parce que quelqu’un là-haut va te tirer dans l’oeil avec une flèche”. Ce genre de chose avec lequel les Inuit avaient grandi ont tout a coup changé. Nous avons perdu plusieurs des légendes qu’on nous racontait quand nous campions la nuit.

Quand je grandissais, avant l’arrivée de la télévision en 1979, tout le monde chassait. À l’automne, après l’école, nous installions nos pièges et chassaient les oiseaux. Ça arrive encore aujourd’hui mais généralement beaucoup moins que quand je grandissais. Il y a encore beaucoup de chasseurs, mais le nombre d’enfants qui ont le goût de sortir à chaque jour diminue parce que nous avons beaucoup de choses dans nos vies, comme l’internet. Les choses ont beaucoup changé.

Aujourd’hui, la nourriture traditionnelle continue à être très importante pour les Inuit, malgré ces changements rapides. Les enfants d’aujourd’hui désirent encore manger de la nourriture traditionnelle. Mon fils, par exemple, adore l’omble chevalier congelé, le caribou congelé. Comme toute personne qui a été élevée avec de la nourriture traditionnelle, ils l’adorent. C’est aussi une grande partie de notre identité culturelle. Nous organisons des festins communautaires. L’an dernier à Noël il y avait du caribou congelé, de l’omble chevalier congelé, du maktaaq... c’est qui nous sommes. Vivre des ressources de la terre est encore très important pour nous. Il y a encore beaucoup de gens qui vont sur le territoire pour chasser et pêcher. Les outils ont changé dramatiquement [au cours de notre histoire] puisque nous avons aujourd’hui des bateaux à moteur et des motoneiges. Mais c’est ce que nos grands-parents et les gens de notre passé faisaient et nous continuons à le faire aujourd’hui.

La Convention de la Baie James et du Nord Québécois a été signée en partie pour protéger nos droits mais nous avons fait beaucoup de sacrifices. La Convention nous encourage à vivre dans des communautés plus que de vivre sur la terre. C’est mon opinion. Je souhaiterais qu’il y ait des programmes pour encourager les familles à séjourner sur la terre. Chaque communauté Inuit a un congélateur faisant partie du Programme de soutien aux chasseurs ou un congélateur communautaire. Quand il y a beaucoup de caribou dans la région, les chasseurs vendent la viande au programme de congélation ce qui permet à la population d’avoir accès à de la nourriture traditionnelle comme ils le veulent. Ce ne sont pas tous les foyers qui ont un chasseur dans la maison, particulièrement les Aînés ou les veufs. Grâce au congélateur communautaire ils ont un accès gratuit à de la nourriture traditionnelle. L’inconvénient est que certains résidents qui le pourraient ne vont plus sur la terre et vivre de façon autonome.

Pour les chasseurs, il y a aussi de l’aide financière pour l’achat de matériel qu’ils ont besoin, comme le bois pour la fabrication de komatiks par exemple. Chaque village gère comme bon lui semble son propre programme de soutien aux chasseurs. Une partie du budget est aussi mise de côté pour les situations d’urgence. Si des gens se perdent ou ont besoin d’aide, l’essence et le matériel nécessaire sont fournis pour les assister.»




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