Ce texte du célèbre poète canadien Earle Birney est le sixième des sept poèmes qu’utilise Robert Turner dans son œuvre pour alto solo, orchestre et récitant intitulée A Group of Seven: Poems of Love and Nature by Canadian Poets. Le poème semble être une référence autobiographique à la relation que Birney a eue au cours des 23 dernières années de sa vie avec Wailan Low, une femme beaucoup plus jeune que lui.

Pour la génération actuelle des jeunes habitués aux textos, le texte de Birney ne semblera pas étrange, mais l’absence de ponctuation et de lettres majuscules était une option audacieuse dans les années 1970. Une telle décision inscrivait Birney dans la tradition des poètes expérimentaux qui repoussaient les frontières de la poésie. En même temps, Birney reprend délibérément ici certaines traditions très anciennes, qualifiant ses poèmes de « makings » (autrefois, les poètes étaient appelés des « makers », soit des « faiseurs »), utilisant le mot archaïque « clip » (qui signifiait « embrasser » en anglais de l’époque élisabéthaine) et terminant avec un couplet de style élisabéthain. En effet, son poème évoque sous plusieurs angles les sonnets de Shakespeare ou de John Donne, sans pour autant utiliser la forme du sonnet. Malgré le message plutôt terre à terre, le ton ultime du poème demeure assez optimiste.

Mon amour est jeune
Earle Birney (1904-1995)


mon amour est jeune et je suis vieux
bientôt elle aura besoin d'un nouvel homme
mais chaque jour au réveil nous nous embrassons
nous parlons et nous rions
nous mangeons et nous marchons
sous notre lune de cinq ans*

bonne lune                  bon soleil
que nous adorons
je prie que l'univers me croie
et qu'il ne me dise jamais que l'heure est venue
pour moi de mourir
ou pour elle de partir


*Dans la partition de Turner, la Lune a « dix-neuf ans ».

Earle Birney

© Earle Birney, Fall By Fury and Other Makings, Toronto: McClelland and Stewart, 1978.

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