La flore de Miguasha est dominée par un nombre très limité d’au plus cinq espèces. Les flores fossiles trouvées dans d’autres localités du Dévonien supérieur ont livré des assemblages plus diversifiés. Comparée par exemple aux flores du début du Frasnien de l’État de New York, il manque à la Formation d’Escuminac des groupes typiques comme les progymnospermes de type aneurophytales, des cladoxyles, des iridopterides, des lycophytes...

L’habitat, comme le démontre l’examen des spores fossiles, n’était pourtant pas si pauvre en espèces végétales. Cette faible diversité apparente de la flore réelle a été expliquée par la petitesse de l’affleurement de la formation fossilifère disponible à l’échantillonnage. Elle pourrait également résulter d’un triage sélectif des espèces avant la fossilisation, pendant le transport par le courant.

Les fossiles de plantes de la Formation d’Escuminac se répartissent en deux assemblages. L’assemblage de la couche à Protobarinophyton, une plante qui vivait sur les berges de l’ancien estuaire, dénote une faible distance de transport comparé à l’assem Pour en lire plus
La flore de Miguasha est dominée par un nombre très limité d’au plus cinq espèces. Les flores fossiles trouvées dans d’autres localités du Dévonien supérieur ont livré des assemblages plus diversifiés. Comparée par exemple aux flores du début du Frasnien de l’État de New York, il manque à la Formation d’Escuminac des groupes typiques comme les progymnospermes de type aneurophytales, des cladoxyles, des iridopterides, des lycophytes...

L’habitat, comme le démontre l’examen des spores fossiles, n’était pourtant pas si pauvre en espèces végétales. Cette faible diversité apparente de la flore réelle a été expliquée par la petitesse de l’affleurement de la formation fossilifère disponible à l’échantillonnage. Elle pourrait également résulter d’un triage sélectif des espèces avant la fossilisation, pendant le transport par le courant.

Les fossiles de plantes de la Formation d’Escuminac se répartissent en deux assemblages. L’assemblage de la couche à Protobarinophyton, une plante qui vivait sur les berges de l’ancien estuaire, dénote une faible distance de transport comparé à l’assemblage à Archaeopteris. Cet arbre préférait s’implanter à une certaine distance des berges, là où le sol était plus stable. Des fentes de dessiccation dans les sédiments associés à la couche à Protobarinophyton indiquent un environnement exposé sporadiquement à l’air libre, alors que les structures sédimentaires qui accompagnent les meilleures couches à Archaeopteris dénotent de forts courants.

Le cas de la paléoflore est un bel exemple des différents filtres qui s’interposent en paléontologie entre l’environnement original et l’oeil du chercheur qui tente de le voir tel qu’il était. Le cas de Miguasha est éloquent. En effet, seuls les êtres qui mouraient et/ou tombaient dans les flots de l’estuaire pouvaient amorcer une éventuelle fossilisation, ce qui excluait tout ce qui vivait trop loin du cours d’eau. Mais encore fallait-il que les êtres se déposent dans les archives sédimentaires qui ont subsisté.

© 2007, Parc national de Miguasha

Couche à <i>Archaeopteris</i>

La plante Archaeopteris est abondante à plusieurs niveaux de la Formation d’Escuminac. Dans cet exemple, les 2 espèces de Miguasha sont représentées. L’espèce aux plus grande feuilles est Archaeopteris obtusa, l’autre est A. halliana.

Parc national de Miguasha

© 2007, Parc national de Miguasha


Une petite plante toute discrète a grandi sur les bords de l’ancien estuaire de Miguasha. Elle est rare, souvent incomplète, et les paléobotanistes l’assignent de façon incertaine au genre Protobarinophyton. Il s’agit d’une petite plante sans feuille qui n’est trouvée que dans une mince couche de la partie inférieure de la Formation d’ Escuminac.

Protobarinophyton fait partie des barynophytes, un groupe éteint dont les liens phylogénétiques font encore l’objet de débats. Il pourrait s’agir d’une expérience évolutive, car leurs branches fertiles ne ressemblent à rien de connu dans d’autres groupes de végétaux. Les sporanges, ordonnés en deux rangées latérales de chaque côté d’une fine tige, forment une petite grappe appelée strobile. Les barynophytes étaient hétérosporiques, c’est-à-dire qu’elles produisaient deux types de spores, mâles et femelles. Mais étrangement, les deux spores étaient émises par les mêmes sporanges, contrairement aux autres plantes hétérosporiques, les progymnospermes, les lycopsides ou les fougères, qui fabriquent des spores différentes dans des sporanges différents.
Une petite plante toute discrète a grandi sur les bords de l’ancien estuaire de Miguasha. Elle est rare, souvent incomplète, et les paléobotanistes l’assignent de façon incertaine au genre Protobarinophyton. Il s’agit d’une petite plante sans feuille qui n’est trouvée que dans une mince couche de la partie inférieure de la Formation d’ Escuminac.

Protobarinophyton fait partie des barynophytes, un groupe éteint dont les liens phylogénétiques font encore l’objet de débats. Il pourrait s’agir d’une expérience évolutive, car leurs branches fertiles ne ressemblent à rien de connu dans d’autres groupes de végétaux. Les sporanges, ordonnés en deux rangées latérales de chaque côté d’une fine tige, forment une petite grappe appelée strobile. Les barynophytes étaient hétérosporiques, c’est-à-dire qu’elles produisaient deux types de spores, mâles et femelles. Mais étrangement, les deux spores étaient émises par les mêmes sporanges, contrairement aux autres plantes hétérosporiques, les progymnospermes, les lycopsides ou les fougères, qui fabriquent des spores différentes dans des sporanges différents.

© 2007, Parc national de Miguasha

<i>Protobarinophyton</i>

Sporanges du barinophyte trouvé dans la partie inférieure de la Formation d’Escuminac.

Parc national de Miguasha
2007
© 2007, Parc national de Miguasha


Archaeopteris est la plante la plus connue de la Formation d’Escuminac où elle se retrouve en abondance. Sa découverte à Miguasha remonte à la fin du 19e siècle, alors que le célèbre paléobotaniste J. William Dawson, affilié à l’Université McGill, faisait la première description de la flore de Miguasha. Avec une répartition mondiale, cette plante était la principale constituante des premières forêts du Dévonien supérieur.

Cette plante, très connue chez les paléontologues, n’a vécu que quelques dizaines de millions d’années (Ma), mais est reconnue pour être le premier vrai arbre digne de ce nom. Pouvant atteindre sept mètres, son tronc constitué de lignine et de cellulose avait une structure très semblable à celle des conifères d’aujourd’hui. À son sommet se trouvaient des branches sur lesquelles se déployaient des frondes rappelant des fougères et orientées horizontalement pour capter la lumière solaire. La plante figure dans une classe baptisée progymnosperme, un groupe à l’origine des gymnospermes actuels, tels les conifères.

À Miguasha, entourant l’estuaire dévonien, p Pour en lire plus
Archaeopteris est la plante la plus connue de la Formation d’Escuminac où elle se retrouve en abondance. Sa découverte à Miguasha remonte à la fin du 19e siècle, alors que le célèbre paléobotaniste J. William Dawson, affilié à l’Université McGill, faisait la première description de la flore de Miguasha. Avec une répartition mondiale, cette plante était la principale constituante des premières forêts du Dévonien supérieur.

Cette plante, très connue chez les paléontologues, n’a vécu que quelques dizaines de millions d’années (Ma), mais est reconnue pour être le premier vrai arbre digne de ce nom. Pouvant atteindre sept mètres, son tronc constitué de lignine et de cellulose avait une structure très semblable à celle des conifères d’aujourd’hui. À son sommet se trouvaient des branches sur lesquelles se déployaient des frondes rappelant des fougères et orientées horizontalement pour capter la lumière solaire. La plante figure dans une classe baptisée progymnosperme, un groupe à l’origine des gymnospermes actuels, tels les conifères.

À Miguasha, entourant l’estuaire dévonien, poussaient deux espèces différentes, soit A. halliana et A. obtusa, cette dernière ayant les feuilles les plus grandes. Dans les deux cas, elles sont représentées par des branches végétatives ordinaires et des branches fertiles, d’allures différentes et portant des grappes de sporanges. Des microspores et des macrospores sont associées à ces sporanges, ce qui signifie qu’Archaeopteris produisait des spores mâles et des spores femelles. Il est alors question d’hétérosporie, une situation proche de celle des plantes à graines d’aujourd’hui. Ces grandes frondes, bien conservées à plusieurs niveaux, abondent dans la Formation d’Escuminac, de même que des morceaux de troncs carbonisés. Les troncs pétrifiés d’Archaeopteris sont également bien connus sous le nom de Callixylon.

© 2007, Parc national de Miguasha

<i>Archaeopteris halliana</i>

Grande fronde d’Archaeopteris halliana de la Formation d’Escuminac.

Parc national de Miguasha

© 2007, Parc national de Miguasha


<i>Archaeopteris</i>

Archaeopteris is among the most ancient trees on the planet and was the main constituent of the first forests. It grew to about 7 metres.

Parc national de Miguasha

© 2007, Parc national de Miguasha


Vidéo

Interview avec Patricia G. Gensel

Patricia G. Gensel parle du fossile de plante qu’elle tient entre les mains. Elle se trouve sur la berge de Miguasha.

Journaliste

Alors, Mme Gensel, qu’avez-vous trouvé ce matin?

Patricia G. Gensel

En vérité, c’est quelqu’un d’autre qui a trouvé ceci et qui me l’a montré. Il s’agit d’un spécimen d’Archaeopteris qui révèle plusieurs branches avec ses feuilles typiques en forme de « bully » et ses petites feuilles de Ginkgo.

Journaliste

En quoi ce genre de fossile, ou de plante fossilisée, est-il important?

Patricia G. Gensel

Bien, celle-ci représente l’un des premiers arbres qui ait existé et l’une des premières plantes possédant des feuilles de ce genre visiblement feuilletées. La plupart des plantes d’avant cette période possédaient des empreintes avec plusieurs ramifications, mais ne possédaient pas de structure photosynthétique feuilletée.

Parc national de Miguasha

© 2007, Parc national de Miguasha


L’avènement de la graine, comme moyen de reproduction, a révolutionné le monde végétal. L’origine des graines remonte probablement au Dévonien moyen, et la plus ancienne plante à en produire qui a été documentée provient du Famennien de Belgique. Après le Dévonien, les plantes à graines (spermatophytes) sont progressivement devenues l’un des plus importants groupes d’organismes sur Terre, avec les conifères (gymnospermes) et plantes à fleurs (angiospermes) que chacun côtoie quotidiennement.

Dans la quête des origines des plantes à graines, un minuscule fossile de Miguasha retient toutefois l’attention des paléobotanistes depuis une quarantaine d’années. Un mégaspore, un spore de grande taille visible à l’œil du nom de Spermasporites devonicus qui montre toutes les caractéristiques des graines primitives de plantes répandues un peu plus tard au Carbonifère.

Lorsqu’une plante moderne produit des ovules, une de ses macrospores, dans la partie fertile comme la fleur ou le cône, subit une méiose, c’est-à-dire deux divisions cellulaires successives qui produisent quatre ovules. Ces quatre ovules forment ce qu&rs Pour en lire plus
L’avènement de la graine, comme moyen de reproduction, a révolutionné le monde végétal. L’origine des graines remonte probablement au Dévonien moyen, et la plus ancienne plante à en produire qui a été documentée provient du Famennien de Belgique. Après le Dévonien, les plantes à graines (spermatophytes) sont progressivement devenues l’un des plus importants groupes d’organismes sur Terre, avec les conifères (gymnospermes) et plantes à fleurs (angiospermes) que chacun côtoie quotidiennement.

Dans la quête des origines des plantes à graines, un minuscule fossile de Miguasha retient toutefois l’attention des paléobotanistes depuis une quarantaine d’années. Un mégaspore, un spore de grande taille visible à l’œil du nom de Spermasporites devonicus qui montre toutes les caractéristiques des graines primitives de plantes répandues un peu plus tard au Carbonifère.

Lorsqu’une plante moderne produit des ovules, une de ses macrospores, dans la partie fertile comme la fleur ou le cône, subit une méiose, c’est-à-dire deux divisions cellulaires successives qui produisent quatre ovules. Ces quatre ovules forment ce qu’on appelle une tétrade et attendent d’être fécondées par du pollen mâle pour devenir une graine, autrement dit un embryon de plante. Les ’’microfossiles’’ de Spermasporites ont exactement la disposition en tétrade des premières plantes à graines.

La recherche de la plante mythique qui produisait ce fameux mégaspore se poursuit maintenant en différentes parties du globe, avec une attention particulière portée à un nouveau site à Spermasporites de l’est du Groenland.

© 2007, Parc national de Miguasha

Spermasporites devonicus

Le mégaspore Spermasporites devonicus de la Formation d’Escuminac. Tiré de Chalowner et Pettit, 1964.

Chalowner et Pettit, 1964

© Chalowner et Pettit, 1964


Les plantes ont évolué rapidement au Dévonien et la plupart des espèces ont connu une répartition limitée dans le temps. Les spores des plantes, avec leur grand pouvoir de dispersion par le vent et l’eau, sont omniprésentes dans les sédiments anciens. Grâce à leur paroi résistante qui facilite la fossilisation, on les retrouve souvent par millions. Elles s’avèrent des outils essentiels pour préciser l’âge des subdivisions du Dévonien. Ainsi, les spores permettent d’établir que la Formation d’Escuminac est du même âge que les couches de référence de la région de Frasne en Belgique, d’où le nom de Frasnien donné à une partie du Dévonien supérieur. Ces fossiles qui facilitent la datation sont qualifiés de fossiles index.

Plus d’une cinquantaine d’espèces de spores ont été inventoriées dans la Formation d’Escuminac. Il s’agit d’une indication claire que la diversité florale de la région était plus grande que ne le laisse sous-entendre le nombre d’espèces restreint de la macro-flore. Il existe des affinités certaines entre les assemblages de spores de la Formation d’Escuminac et ceux des Vieux Grès Pour en lire plus
Les plantes ont évolué rapidement au Dévonien et la plupart des espèces ont connu une répartition limitée dans le temps. Les spores des plantes, avec leur grand pouvoir de dispersion par le vent et l’eau, sont omniprésentes dans les sédiments anciens. Grâce à leur paroi résistante qui facilite la fossilisation, on les retrouve souvent par millions. Elles s’avèrent des outils essentiels pour préciser l’âge des subdivisions du Dévonien. Ainsi, les spores permettent d’établir que la Formation d’Escuminac est du même âge que les couches de référence de la région de Frasne en Belgique, d’où le nom de Frasnien donné à une partie du Dévonien supérieur. Ces fossiles qui facilitent la datation sont qualifiés de fossiles index.

Plus d’une cinquantaine d’espèces de spores ont été inventoriées dans la Formation d’Escuminac. Il s’agit d’une indication claire que la diversité florale de la région était plus grande que ne le laisse sous-entendre le nombre d’espèces restreint de la macro-flore. Il existe des affinités certaines entre les assemblages de spores de la Formation d’Escuminac et ceux des Vieux Grès Rouges européens, car, au Dévonien supérieur, la plaque de l’Amérique du Nord (Laurentia) était fusionnée à celle de l’Europe (Baltica) dans l’ancien continent Euramérica. La distance séparant la région de Frasne d’avec Miguasha ne dépassait alors guère les 1 500 kilomètres!

La palynologie consiste en l’étude des microfossiles qui ont une paroi organique résistante, tels les spores et les grains de pollen d’origine continentale, et les acritarches et les chitinozoaires d’origine marine. La présence d’acritarches dans les assemblages palynologiques de Miguasha confirme un environnement subissant des influences dulcicoles et marines, ce qui supporte l’hypothèse d’un ancien estuaire.

© 2007, Parc national de Miguasha

<i>Auroraspora</i>

Auroraspora, l’une des nombreuses spores présentes dans la Formation d’Escuminac

Parc national de Miguasha
2003
© Parc national de Miguasha


<i>Corystisporites</i>

Corystisporites, une autre spore des assemblages palynologiques de la Formation d’Escuminac

Non disponible
2003
© 2007, Parc national de Miguasha


Objectifs d'apprentissage

L’apprenant va:
  • identifier et classer différents types de fossiles;
  • expliquer les étapes de la fossilisation ainsi que les conditions propices à celle-ci;
  • formuler des hypothèses quant à l’évolution des êtres vivants;
  • formuler des hypothèses quant à l’explication de la disparition de certaines espèces.

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