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Emily Carr à 21 ans

Emily Carr à 21 ans, 1893
British Columbia Archives
H-02813

«Prince Pumkin, Lady Loo, Young Jimmy, Adolphus le chat, Kitten, Chipmunk, le perroquet et moi-même dans le jardin du 646 rue Simcoe », (Emily Carr et ses animaux de compagnie)

«Prince Pumkin, Lady Loo, Young Jimmy, Adolphus le chat, Kitten, Chipmunk, le perroquet et moi-même dans le jardin du 646 rue Simcoe, 1918 », (Emily Carr et ses animaux de compagnie), 1918
British Columbia Archives
C-05229

L'atelier d'Emily Carr, rue Simcoe

L'atelier d'Emily Carr, rue Simcoe, années 1930
City of Victoria Archives
C00698

BEmily Carr avec des amis près de la caravane «Elephant» durant un voyage de peinture sur le motif

Emily Carr avec des amis près de la caravane «Elephant» durant un voyage de peinture sur le motif, 1934
Photographie par Mrs. S.F. Morley
British Columbia Archives
B-09610

Emily Carr assise sur la galerie de son atelier de la rue St. Andrew, tenant un de ses chiens

Emily Carr assise sur la galerie de son atelier de la rue St. Andrew, tenant un de ses chiens, 1944
Photographie par Edythe Hembroff-Schleicher
British Columbia Archives
D-03843

Emily Carr : Esquisse de biographie

La vie d'Emily Carr possède tous les éléments d'une excellente biographie - tragédie, inspiration, triomphes, volonté, excentricité. Cependant, des détails de sa vie ont parfois été brouillés par ses propres essais autobiographiques et par les journaux intimes où elle a décrit les événements comme elle préférait se les rappeler. Depuis la publication, en 1979, du livre de Maria Tippett, Emily Carr: A Biography, une foule d'universitaires, de biographes, de romanciers et de dramaturges ont tenté de s'inspirer de ses souvenirs et de raconter sa vie. De ce fait, l'imaginaire canadien est aujourd'hui riche en images de Carr l'artiste, avec ses forêts magiques et ses magnifiques totems; de Carr l'auteure, avec ses récits du Victoria du dix-neuvième siècle et ses animaux domestiques adorés; et de Carr l'excentrique, amie solitaire des animaux. La célébrité dont elle jouit aujourd'hui étonnerait certainement beaucoup Carr, elle qui s'est sentie ostracisée durant presque toute sa vie et qu'on connaît mieux pour ses excentricités que pour ses réalisations artistiques.

Emily Carr naît le 13 décembre 1871 à Victoria, en Colombie-Britannique, de Richard et Emily Saunders Carr, cinquième enfant d'une famille de cinq filles. Un frère, Dick, naît en 1875. Son père est un immigrant britannique qui, après des années d'errance, fait fortune à Alviso (Californie), en approvisionnant les mineurs pendant la ruée vers l'or. Il rencontre sa future épouse, Emily Saunders, en Angleterre et, en 1863, déménage avec sa jeune famille à Victoria où il ouvre une épicerie en gros et un magasin d'alcool. Emily est une enfant exubérante qui adore courir dans les champs et jouer avec les animaux de la propriété familiale. Durant son enfance, elle a peu d'occasions de se rapprocher de sa mère qui est tuberculeuse et souvent alitée. Jusqu'à un incident survenu durant son adolescence, qui demeure nébuleux mais que Carr qualifie plus tard de «révélation brutale», elle est extrêmement proche de son père. Cet incident détruit irrévocablement leur relation. Sa sensibilité et sa passion pour l'art l'isolent de ses soeurs qui ne comprennent ni son travail ni son désir de continuer en dépit des contraintes financières. Carr poursuivra toute sa vie cette démarche artistique malgré l'absence de soutien de sa famille.

Même si Carr réalise la plupart de ses œuvres au cours de ses années en Colombie-Britannique, c'est à l'étranger qu'elle mène ses études. À la fin de son adolescence, après le décès de ses deux parents, plutôt que de se soumettre à l'autorité dominatrice de sa soeur Edith, Carr demande à son tuteur légal de financer son inscription à la California School of Design. Elle passe plus de trois ans à San Francisco où elle apprend les méthodes traditionnelles de représentation de natures mortes et de paysages. Elle revient à Victoria pour un bref séjour et se rend ensuite en Angleterre pour étudier à la Westminster School of Art et dans les studios privés de quelques aquarellistes anglais. Elle reçoit là aussi un enseignement conforme à la tradition anglaise de l'aquarelle au dix-neuvième siècle. Ses années d'études en France en 1910 et 1911 sont plus stimulantes: sous les directives de nombreux professeurs, elle s'initie au postimpressionnisme et à la palette fauviste.

De retour à Vancouver en 1911, elle s'attache à documenter les cultures des Premières nations de la Colombie-Britannique, un exercice commencé en 1907. Au cours de l'été 1912, elle effectue un ambitieux voyage de six semaines pour peindre sur le motif. Elle produit un grand nombre d'aquarelles et de tableaux correspondants, brossés en atelier dans son nouveau style français. Ces œuvres reçoivent un accueil mitigé et se vendent peu. Carr retourne alors à Victoria pour construire et gérer une maison à appartements avec sa part de l'héritage familial. Elle est confinée à une vie de corvées domestiques durant près de quinze ans jusqu'en 1927, où son travail est exposé à la Musée des beaux-arts du Canada et qu'elle rencontre pour la première fois le Groupe des Sept. Elle trouve l'œuvre de Lawren Harris particulièrement inspirante et apprécie ses mots d'encouragement lorsqu'il décrète qu'elle est bien «des leurs». Dès son retour de ce voyage dans l'Est, elle entreprend la période la plus productive de sa carrière, créant les toiles inspirées et puissantes qui seront sa marque. Elle amorce également avec Lawren Harris une amitié et une correspondance qui dureront toute sa vie. Il devient son mentor et son guide spirituel, particulièrement pendant les années qui suivent leur rencontre.

La santé de Carr commence à décliner en 1937, lorsqu'elle subit la première de plusieurs crises cardiaques. Ses excursions de peinture sur le motif et son travail en atelier étant devenus plus difficiles, elle se tourne vers des projets littéraires. Ira Dilworth, professeur et cadre de la Société Radio-Canada, devient son confident et son conseiller littéraire, remplaçant Harris comme figure masculine importante dans sa vie. Le soutien de Dilworth dans la rédaction de vignettes autobiographiques lui donne la confiance et les moyens de publier son travail. Ses écrits, d'abord radiodiffusés par Radio-Canada, lui valent un succès populaire qui la fait apprécier d'un public hostile à son art depuis ses débuts. Emily Carr décède à Victoria le 2 mai 1945, après s'être inscrite pour une cure de repos au St. Mary's Priory, sans se douter qu'elle deviendra un jour une icône canadienne.

Carr a expérimenté plusieurs styles au cours de sa longue carrière, et son art s'apparente aux tendances du modernisme de la première moitié du vingtième siècle. Même si elle a pu être influencée par le postimpressionnisme, le fauvisme, le cubisme, le futurisme et l'abstraction, elle n'a jamais mené à bout aucune de ces démarches, même si on l'a toujours tenue pour radicale dans la conservatrice Colombie-Britannique. Au-delà des changements de style, de manière et d'intention, elle est demeurée absorbée par deux grands thèmes qui se recoupent souvent dans son œuvre : les cultures des Premières nations «en voie de disparition» et les paysages de l'Ouest. Elle est sans doute surtout connue pour les œuvres produites au cours des dix dernières années de sa vie — des forêts sombres et rythmiques, de vastes ciels spirituels et des structures totémiques monumentales — alors qu'elle s'est dotée d'un style éminemment personnel.

Carr a lentement commencé à jouir d'un succès commercial et critique dans les dernières années de sa carrière. Mais sa renommée d'alors ne peut se comparer à la haute estime où on la tient aujourd'hui. Sa vie est irrévocablement liée à l'Ouest canadien, le pays où elle est née et où elle a choisi de passer sa vie, sauf pour quelques brèves interruptions. Son indépendance comme femme ayant résisté aux diktats de la vie domestique, sa décision de voyager fréquemment et non accompagnée dans les villages isolés des Premières nations et sa fidélité à l'égard de sa vocation artistique, au mépris des obstacles, des distractions et des critiques demeurent une source d'inspiration.