Festivals au Nouveau-Brunswick (1982) de Ronald Lebelle

Cette année marque le 25e anniversaire du Festival de la chanson  folklorique de la Miramichi, qui aura lieu du 1er au 3 juillet à Newcastle au Nouveau-Brunswick. Bien qu’en principe, après 25 ans d’existence, le festival devrait être bien établi dans la région et constituer un élément vital de la vie communautaire, il se trouve que le taux de participation est en déclin. Chaque année, de moins en moins de vieux chanteurs de ballades sont au rendez-vous, et, souvent, ils sont remplacés par des chanteurs locaux qui ne possèdent pas le répertoire varié et unique de leurs prédécesseurs. En effet, le festival se transforme lentement en concert amateur local. De plus, les spectateurs, qui avaient l’habitude d’arriver en masse, se font de moins en moins nombreux. Il y a cinq ans, les concerts, tenus à l’hôtel de ville, étaient à guichets fermés. L'assistance diminue d'année eu année. En 1981, la salle était à moitié vide.

On peut s’attendre à ce que le taux de participation au plus vieux festival folklorique annuel au Canada continue de chuter à mesure que les vieux chanteurs disparaissent. En fait, il se peut que le chanteur de ballades le plus renommé de Miramichi, Wilmot MacDonald, ne soit pas de la partie cette année en raison de problèmes de santé. Parmi les excellents chanteurs pour lesquels les folkloristes faisaient des centaines de miles, il ne reste que quelques artistes, par exemple Allan Kelly et Marie Hare.

Aujourd’hui, lorsque les gens parlent du festival, ils évoquent souvent les années passées et le fait qu’il a perdu de la vigueur. On attribue toujours la baisse de la participation à l’absence des vieux chanteurs, mais il se pourrait qu’elle découle de problèmes sous-jacents. En effet, le festival a toujours été fortement associé à la région de Miramichi. Presque tous les chanteurs sont de la région et ils chantent au sujet du mode de vie typique des gens de Miramichi. Les ballades locales racontent la vie dans les camps de bûcherons, la drave sur les rivières et les aventures en pleine mer.

Or, Miramichi a perdu de l’importance dans les secteurs de la foresterie et du transport maritime. Les établissements fondés à Chatham ont soit fermé leurs portes ou sont déménagés. La région souffre de négligence et du déclin de la population; en effet, les jeunes sont nombreux à quitter. La fierté associée à la région de Miramichi a évidemment souffert de ces problèmes.

Le Festival de la chanson folklorique de la Miramichi reflétait la riche culture de la région. Et, comme les autres festivals folkloriques véritablement authentiques au pays, il permettait aux membres de cette culture d’exprimer leur fierté d’appartenance. Il semblerait que le festival soit ainsi une autre victime du déclin de la région de Miramichi.

La participation des jeunes membres de la collectivité est importante pour la vitalité et la réussite d’un festival. Or, les jeunes de la région ne s’intéressent pas à leur patrimoine culturel et l’on constate que les ballades locales ne seront préservées que par leur collecte par des personnes de l’extérieur. Une des rares exceptions à cette règle est la fille d’Allan Kelly, Germaine Smith, qui connaît bon nombre des chansons traditionnelle du répertoire de son père. À mesure que les années passent, la fin du festival de Miramichi approche. Chaque année, l’organisatrice, Daisy Mitchell, espère en vain trouver une jeune personne pour la remplacer. Âgée de 83 ans, elle s’inquiète à juste titre du manque de successeur.

On pourrait se demander pourquoi dans l’ensemble, les Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises s’inquiètent si peu du sort de leur seul festival folklorique. Les francophones et les anglophones organisent de nombreuses activités locales, tels des festivals d’été, des concours de violon et des foires, mais on ne fait aucun effort pour établir un festival folklorique annuel d’une plus grande envergure. Les francophones organisent beaucoup d’activités culturelles, mais on accorde souvent peu d’importance à la musique folklorique. Le « Frolic acadien », un concert tenu chaque été dans un champ à Cap-Pelé, a été dissout en 1980 en raison de problèmes organisationnels et administratifs. Le « Frolic », un festival de musique folklorique et rock, a souffert du même problème qui a dévasté les festivals du genre ailleurs. Depuis les dernières années, le « Festival acadien » de Caraquet prend de l’importance à titre de point central de la culture acadienne au Nouveau-Brunswick. Toutefois, on n’accorde pas de rôle prédominant à la musique folklorique pendant ces activités, qui servent à faire valoir le nationalisme acadien. En outre, depuis 1980, la « Foire brayonne » est devenue un festival culturel pour les gens du Madawaska, au nord-ouest du Nouveau Brunswick. Mais, là encore, la musique folklorique ne fait que figurer parmi les nombreux volets des festivités visant à montrer que la « République du Madawaska » a sa propre identité.

Il est à espérer que les organisateurs des festivités, pour marquer le 200e anniversaire du Nouveau-Brunswick en 1984, pourront organiser une activité permettant aux Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises de célébrer ensemble leurs traditions folkloriques riches et variées. Si cela devait se produire, il se pourrait que la chute du festival de Miramichi soit suivie de la naissance d’un festival folklorique provincial, ce qui éviterait la disparition de la musique folklorique néo-brunswickoise authentique de la scène publique. 




Traduction d'un extrait du Revue de musique folklorique canadienne, volume 16.3 (1982)
Ronald Labelle
vers 1982
CANADA Nord du Nouveau-Brunswick, Nouveau-Brunswick, Nord du Nouveau-Brunswick, CANADA
© 1982, Revue de musique folklorique canadienne. Tous droits réservés.

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